Le lycée Aubanel a consacré une journée de réflexion à la transmission de la mémoire de la Shoah par le vecteur de la fiction cinématographique et littéraire.
Cette journée a permis de s’interroger sur la fiction dans son rôle mémoriel, dans sa capacité à transmettre la Shoah ainsi que dans sa capacité à représenter la Shoah à travers les figures de l’enfant et de l’adolescent.
Ainsi,Ophir Levy, Valérie Zenatti et Brigitte Benkemoun ont dialogué et échangé avec le public à ce sujet :
- Ophir Levy a consacré son doctorat d’histoire du cinéma à la persistance de la mémoire et des images de la déportation au sein du cinéma contemporain, en particulier dans des œuvres n’ayant pas de lien avec la Seconde Guerre mondiale. A l'heure actuelle ses recherches portent sur l’histoire et l’esthétique du cinéma israélien, et sur les formes sonores en lien avec les représentations de la guerre.
- Valérie Zenatti, écrivaine, scénariste (elle a co-écrit le scénario des "Secrets de mon père") est aussi la traductrice de l'œuvre de Aharon Appelfeld.
- Brigitte Benkemoun est journaliste et écrivaine, "La Villa" est sa publication la plus récente.
Ophir Levy a ouvert ce cycle de conférences par l’analyse du film américain "Ravished Armenia" réalisé par Oscar Apfel en 1919. Il s’agit du premier film qui aborde directement le génocide arménien avec Aurora Mardiganian, une survivante qui y interprète son propre rôle. Cette première réalisation cinématographique pose les problématiques de ce qu’il est permis ou non de représenter du dicible et de l’indicible dans le témoignage, de l’utilisation des moyens cinématographiques pour témoigner. De même, à partir de l’analyse du film "None Shall Escape", film américain tourné en 1944 et film d’anticipation au moment de sa réalisation puisqu’il évoque le procès d’un nazi, Ophir Levy montre comment par les techniques cinématographiques le réalisateur rend compte. Enfin, la réflexion se clôt par une interrogation sur le regard porté par l’enfant sur la guerre à partir du film semi-autobiographique de Claude Berri "Le Viel homme et l’enfant" (1967) par un va-et-vient entre des images du film et des archives pour souligner les enjeux de la fiction dans la transmission de la mémoire.
Valérie Zenatti a proposé une analyse du film d’animation "Les Secrets de mon père" (d’après le témoignage Une adolescence perdue dans la nuit des camps Henri Kichka et du roman graphique Deuxième Génération de Michel Kichka qui s'intéresse surtout aux liens avec son père H. Kichka , aux non-dits familiaux essentiellement liés à la mémoire ). Ainsi son travail de scénariste se définit pour ce film par les problématiques suivantes : quels sont les effets d’un traumatisme sur les enfants ? Comment un enfant peut-il se sentir vis-à-vis de parents qui ont souffert ? Par conséquent, il s’agit de restituer le témoignage à hauteur d’enfant qui comprend le monde à sa hauteur et qui ne sait pas décrypter l’histoire. Valérie Zenatti démontre les difficultés de la transmission de la mémoire au sein même des familles.
Pour finir, une table ronde a permis aux trois intervenants d’expliquer quelle utilisation des archives chacun d’eux exploite dans son domaine, Ophir Levy dans son travail de recherches, Valérie Zenatti dans l’élaboration de son texte "Jacob, Jacob" et Brigitte Benkemoun pour celle du livre "Albert le magnifique". Puis, les intervenants ont pu aussi s’interroger sur le vide (le "néant" pour reprendre l’expression de Lanzmann) et sur la façon dont on le comble dans l’écriture d’un roman, d’un scénario ou dans l’élaboration d’un film. Enfin, la table ronde s’est terminée sur la fonction de la littérature et du cinéma de redonner de l’humanité où il n’y en a plus.
Une séance de dédicace et d’échange avec le public a clôturé cette journée.
Mise à jour : avril 2026



