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Publié par Philippe Caracchioli le Sunday, October 20, 2002 Modifié par Philippe Caracchioli le Monday, August 8, 2011

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Le  Sunday, October 20, 2002

Discussion

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  • interventions

    La question initiale
    Daniel DALET - 20/10/2002
    Un petit sondage effectué auprès de mes élèves de seconde : sur deux classes, un seul élève se souvient avoir déjà vu et étudié la frise des Panathénées. On ne peut pas incriminer un ou deux profs en particulier car ils proviennent d'une quinzaine d'établissements différents.
    Cela pose quand même le problème de ces documents dits "patrimoniaux" : quelle est l'utilité de cet enseignement si ces mêmes documents sont totalement oubliés au bout de quelques années ?
     
    Trois attitudes et des hypothèses diverses...
    Gérald ATTALI - 20/10/2002
    Comme toi, j’ai été soucieux de vérifier si quelques élèves n’ignoraient pas l’existence de la frise des Panathénées. J’ai centré mon cours sur la présentation de la procession et de la frise.
    Au début, personne ne paraissait en avoir entendu parler. Puis, au fur et à mesure, les souvenirs revinrent. Pas chez tous, loin de là ! Je n’ai pas fait de sondage à ce moment. Une grosse minorité (1 sur 3) montrait des signes d’acquiescement. Finalement se dégagent 3 attitudes et des hypothèses diverses pour expliquer l’ampleur de cette ignorance :
    - ceux qui ne l’ont jamais étudié et qui découvrent véritablement le document patrimonial. La responsabilité ne leur en incombe pas
    - ceux qui se dérobent : ils l’ont étudié mais affirment sciemment ne plus s’en souvenir. Le procédé n’est pas exclusif aux documents patrimoniaux et me paraît relever pour partie du « métier d’élève » : pour ces élèves, seule une évaluation conforme aux canons disciplinaires doit mesurer l’apprentissage
    - enfin, ceux qui l’ont étudié et qui, de bonne foi, affirment l’ignorer. Cette attitude me semble la plus couramment partagée et concerne toutes les disciplines. Pour l’expliquer, on peut invoquer l’absence d’entraînement (un de nos anciens IPR aimait à dire : « la répétition est pédagogique »), le peu de sens pris par ces savoirs, ou le recul progressif d’une nécessité : celle de partager avec d’autres ses connaissances. Ceux-là rappellent que le savoir est une construction.
     
    Quelle est la valeur de cette "mémoire commune" ?
    Daniel DALET - 20/10/2002
    Je serais enclin à suivre ton raisonnement s'il s'agissait d'un document "ordinaire", comme on en étudie dans nos cours lors de mises en activités régulières. Les groupes d'élèves que tu décris, on les retrouve pour tous les documents incontournables style les "14 points de Wilson" ou "l'appel du 18 juin".
    Mais il s'agit là d'un document "patrimonial", et la raison d'être de ces documents c'est la constitution "d'une mémoire commune" (BO), le document est enseigné "pour lui-même".
    Je réitère donc mon interrogation : quelle est la valeur de cette "mémoire commune" quand seulement une petite minorité d'élèves reconnaît ledit document 4 ans après l'avoir étudié ? (en précisant en plus qu'il s'agit d'élèves ayant été orientés en lycée, c'est-à-dire les meilleurs ...)
     
    Je pense que cela fait partie des usages de l’histoire scolaire...
    Gérald ATTALI - 20/10/2002
    Quelle est la question ?
    S’il s’agit de la construction d’une « mémoire commune », je pense que cela fait partie des usages de l’histoire scolaire. Dans un texte sur lequel nous avions déjà échangé, j’avais cité Moniot. Tu me permettras de le citer à nouveau : « L’histoire alimente en représentations les identités. Elle dit les origines, les généalogies, les pères fondateurs, elle justifie les appartenances, dresse les tableaux et les portraits qui instituent les différences qu’on a avec les autres et les ressemblances qu’on a avec les siens, à toute échelle. ». Nous avons travaillé sur l’enseignement de l’histoire des femmes en prenant résolument en compte cette dimension de l’histoire scolaire. S’il s’agit du bien-fondé du choix des documents patrimoniaux, je constate, sans doute comme toi, que l’histoire scolaire reprend à son compte des valeurs à l’honneur dans la société. S’il s’agit de l’efficacité de l’enseignement de l’histoire, la question concerne tous les objets des programmes et pas seulement les documents patrimoniaux. Les études ne manquent pas pour aller dans le sens du constat que tu fais. Une chose me rassure pourtant sans savoir si je peux l’étendre à ce que tu évoques, c’est la conclusion d’un travail fait par notre collègue Rodrigue sur le problème de l’intégration. Dans l’atelier auquel il participait pour les 2°Rencontres, il avait montré que celle-ci se faisait malgré tout ; et sans que les individus ˜élèves et surtout enseignants˜ en prennent vraiment conscience.
     
    Peut-être que vouloir instituer une mémoire commune n’est pas y réussir nécessairement ?
    Yves TARDIEU - 20/10/2002
    Peut-être que dire que ces documents sont enseignés pour “eux mêmes” c’est seulement être sûr que les profs en parlent un peu ?
    Peut-être que certains (la plupart ?) de ces documents patrimoniaux ne sont pas réellement enseignés par des profs qui ont d’autres chats à fouetter (les dieux égyptiens, faire asseoir les élèves, les distinctions entre girondins et montagnards, “faire NADI”, ...) ?
    Peut-être que certains (la plupart ?) de ces documents patrimoniaux ne sont pas réellement enseignés par des profs qui n’adhèrent pas, pour une raison ou une autre, à la notion de “document patrimonial” (trop européocentré ? Trop bourgeois ? ...)
    Peut-être que l’écart entre les objectifs d’un enseignement et ses résultats sont toujours aussi importants ?
    Peut-être qu’il y a des connaissances confuses, non mobilisables et réactualisables quand même, et que c’est l’essentiel de ce que nous transmettons toujours : vaguement quelque chose ... ?
    Peut-être qu’il faudrait passer plus de temps pour : dans mon cours de 6ème la frise des Panathénées c’est 1/4 d’heure sans enjeux plus importants que d’habitude.
    Je n’ai pas d’opinion de fond sur ces notions de “document patrimonial” et de “mémoire commune”, ni sur l’ambition des programmes actuels mais une chose est sûre : supprimer les références à cette mémoire et à ces documents c’est être sûr que la majorité des élèves ne les verront pas : il est rare que les élèves connaissent ce qu’ils ont étudié mais il est encore plus rare qu’ils connaissent ce qu’ils n’ont pas étudié et qui n’est pas à la télé ...